Le roman de la Rose : effluves d’un programme
Récemment,
Ségolène Royal dévoilait
le premier chapitre
de son livre en ligne interactif inspiré des commentaires des visiteurs de son
site
« Désirs d’avenir ».
Au-delà du procédé marketing et de
la tactique
politique adoptée par la « quasi-officielle » candidate, quel
contenu recèle précisément cette introduction baptisée « désordre
démocratique : premier diagnostic » ? Explication de texte.
Le message général : « Vous n'êtes pas satisfaits des politiques
actuels et je vous comprends, mais il n'y a pas de fatalité. Tout reste à bâtir
ou à reconstruire " ensemble ". Oui, car je vous propose une
conception interactive de la politique, très moderne, très « web
2.0 » : la « démocratie participative ».
La méthode : de la gauche militante à
l’extrême-droite populaire, des partisans du oui au référendum européen à ceux
du non, des partis minoritaires de la gauche aux déçus de la politique, Ségolène
tente une délicate opération de séduction des différents camps, parfois
diamétralement opposés.
Sur la forme : une ambition généraliste, un ton élitiste
Le vocabulaire
de politologue, la multiplicité des concepts et l’usage fréquent de néologismes
rendent la lecture souvent indigeste. L’ouvrage s’adresse à une élite très
éduquée voire très « branchée ». Mais tout cela n’est pas
gratuit :
1) - La
technicité, gage de profondeur
« Corrélation
mais pas causalité entre déclin du PC et essor du FN »
« Réceptivité
aux thématiques autoritaires-virilistes »
« La
conscientisation emprunte d’autres voies, mêlant radicalité et pragmatisme »
2) - Le lyrisme
Villepinien, vecteur d’enthousiasme
« Ne
pas oublier que l’identité n’est jamais qu’une « espérance inscrite dans
une époque »
3) - Le
consensus rassurant
« fluidité
des relations » et non pas «instabilité », c’est moins négatif et
moins péjoratif.
Premier thème : c’est le chaos mais ce n’est pas de votre faute
-> Ressorts de séduction : déculpabilisation,
compréhension et empathie
1) -
Déculpabilisation
Ségolène
absout une partie des Le Penistes :
« Avoir
la nostalgie des « valeurs traditionnelles » ne vaut pas fascisation
des cervelles »
Elle
dédouane les « nonistes » du référendum européen :
« Le
non ne signifie ni dépolitisation ni repli sur un nationalisme étroit mais
espoir d’une construction plus généreuse, plus sociale, plus politique »
Elle
décomplexe les partisans du oui
« Le
vote oui ne fut pas exclusivement monopolisé par les catégories les plus
aisées, les plus sûres d’elles (…) Tous n’étaient pas des nantis »
Elle
exonère les abstentionnistes
« Les
Français (…) ne sont pas apathiques, mais en attente »
2) –
Compréhension et empathie
On ne
vous juge pas à votre vraie valeur
« Les
Français ont le sentiment exaspéré que leurs potentialités ne sont pas
valorisées par des gouvernants qui les empêchent de se projeter »
Je
comprends votre frustration face aux puissants
« Importance
du sentiment d’impuissance de l’usager face à des monopoles publics ou privés
autarciques, indolents »…
Je sais pourquoi vous avez peur
« Les gens ont le sentiment d’être pris dans un mouvement qui leur est
hostile (…) qui les broie et s’une certaine façon, signifie leur mort
(…) »
Derrière ces
absolutions et compliments bien ciblés, Ségolène, en mère protectrice et
réconciliatrice, ouvre ses bras Gaulliens aux électeurs bigarrés (voire
égarés), et leur dit « je vous ai compris ». En madone Christique
elle leur suggère aussi : « je vous aime ».