Un assez méchant carillon me sort de mon profond sommeil. Je me lève prestement pour ouvrir à l’indien, le remercie mécaniquement avant de constater la violence de ma fatigue. Un affreux doute sourd en moi. Télécommande, télé, chaîne info. Arghhh… Il est 6h30 !
Se foutent de moi ? J’ai passé 3 bonnes minutes la veille, à leur répéter « you wake me up at nine, please, nine, yes. In the morning». Je comprendrai plus tard que les indiens disent toujours oui, surtout s’ils n’ont pas saisi. Pouvaient pas me comprendre : je roule pas les « r » et les « w », je les prononce pas « v ».
Le temps de m’ébouillanter et de me glacer l’échine plusieurs fois sur le mécanisme sadique de la douche avant de renoncer, courageusement. J’ai le neurone manifestement obscurci par le sommeil et une patience microscopique.
9h15. Aussi frais qu’un gardon mort, je me présente à l’accueil de l’hôtel. Un serveur endimanché me sert un thé au lait bien sucré et me propose un verre de pur jus de pastèque que j’avale avec circonspection, en conjurant mantralement le risque de tourista.
On est censé débouler au siège vers 11h30. Largement le temps de faire quelques photos du coin. Je vais pas être déçu. La misère crasse côtoie la richesse des maisons cossues, à défaut d’être jolies.
A quelques mètres du hall de l’hôtel, gardé par un vigile, sont alignées des tentes dans un terrain vague, au milieux de déchets divers et morceaux de bois plus ou moins brûlés. Des vaches maigrelettes à dos de zébu sont couchées, inertes, sur le sol. Une femme plus loin prépare un feu pour le thé du matin.
Un peu plus loin, la route principale est déjà largement embouteillée de motos, triporteurs et voitures plus assourdissantes que jamais. Dans la cacophonie se mêlent des piétons indolents et imprudents ainsi que et d'innombrables chiens errants. Je retourne à l’hôtel.
Ne voyant pas venir le taxi censé nous amener à destination, je m’en inquiète auprès du patron qui décide de me donner un coup de main en appelant un de ses potes. Avec mes collègues désormais levés, nous poursuivons donc méthodiquement l’orgie.
11h15. S’rait ptet’ temps de s’inquiéter. Un coup d’œil dehors… Non ! Le tacos est déjà arrivé. Ça fait même un petit moment qu’il nous attend consciencieusement.
Le problème c’est qu’il faut maintenant payer les deux taxis, pour leur attente. Le patron roublard s’est bien gardé de nous avertir de l’arrivée du premier taxi, ce qu’il ne pouvait ignorer. C’est un des travers de ce pays : on a souvent l’impression, nous, riches occidentaux, d’être pris pour des distributeurs de billets. J’imagine que c’est assez commun aux pays où les écarts de richesses sont forts. On peut difficilement leur en vouloir de chercher à se nourrir un peu sur la bête. Mais, c'est moyennement agréable quand même.
Premiers contact avec les allogènes (y'a pas de plaisir)
Nous arrivons enfin à 11h30 au siège. Grand luxe ! Ecrans plats géants, bureaux vitrés teintés, plantes vertes et machine à café expresso dernier cri… A côté nos locaux parisiens, déjà impressionnants, font pale figure.
Seul souci : impossible de trouver nos amis. Nous déambulons d’étage en étage dans le dédale, sous les yeux stupéfaits des salariés locaux. Et vous, imaginez des guerriers Peuls traverser votre hall !
Dans chaque ascenseur, un liftier au moins. A chaque étage, un gardien vissé sur sa chaise qui s’assure que tous les visiteurs badgent bien, un préposé au café, un serveur par étage… C’est leur aide sociale à eux : multiplier les petits emplois - limite fictifs - pour redistribuer un peu de richesse. Technique éprouvée du « plein emploi » soviétique. Tout cela doit quand même alourdir un peu la facture de mon employeur, non ?
Enfin nous retrouvons nos hôtes, pas plus étonnés que cela de notre retard. Sont pas formalistes pour un sou ici, ni franchement anxieux.
Le formation débute : coup de massue sur nos pauvres élèves. Passage en revue des différents outils de publication. Des usines à gaz dont la complexité va croissant. Les yeux s’écarquillent, la respiration se fait plus difficile, l’angoisse monte… Première surprise : je pensais que les indiens étaient tous des bêtes d’informatique. Manifestement pas ceux-là. Zon jamais pratiqué le HTML et certains sont même carrément largués.
Je découvrirai plus tard qu’il ont tous une formation littéraire en Français. Ah si : Une élève a travaillé chez Reuters. A la compta. Ça va être plus long que prévu…
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