En deux soirées j’en ai plus appris sur la situation des "turbulents oranges" qu’en des semaines de cogitation sur leur énigmatique stratégie .
Un petit tour à Paris blogue-t-il, le rendez-vous de "l’aristocratie blogueuse" de la capitale, un autre chez les blogueurs républicains de chez Versac… Et le brouillard s’éclaircit quelque peu.
Délaissé par le gros de ses troupes, quasiment privé de tribune médiatique depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, François Bayrou traverse une mauvaise passe à la veille du congrès fondateur de son mouvement.
Dernière mésaventure en date, l’abandon du médiatique et charismatique Cavada qui rejoint une liste UMP pour les municipales. Un autre symbole fort de la saignée habile opérée par Sarkozy chez son principal rival aujourd’hui, à l’instar de celle qu’il a pratiquée chez les socialistes.
Le Modem semble bien discret depuis son remarquable score de la présidentielle et son gadin prévisible aux législatives, faute d’accords avec la droite. Alors l’humeur est assez maussade chez les militants qui semblent passablement désabusés.
Absence de ligne stratégique claire, exceptée la consigne rhétorique "ni droite ni gauche", faiblesse du corpus idéologique, non-renouvellement de l’encadrement, incapacité à déléguer de la part de la direction… Les motifs de frustration sont nombreux pour les militants du Modem.
"A quoi ça sert de nous envoyer au casse-pipe, de nous missionner auprès des médias ? On est qui pour parler ? On a beau s’agiter, parler bien, être médiatiquement présentables, comme Quitterie… On n’a aucune légitimité" me confie cette militante à l’énergie et la bonne humeur généralement hors-normes. Sous-entendu, "tant qu’on ne nous confiera pas de responsabilité officielle, à nous les jeunes militants, on ne sera que des fantassins médiatiques sacrifiés à un faible rendement électoral".
François Bayrou donne donc l’impression de la jouer un peu trop "perso". "Il est perché" me confie un autre, reprenant une formule de Nathalie Rastoin, conseillère en communication de Ségolène Royal durant la campagne. Autrement dit le leader songerait avant tout à l’élection présidentielle de 2012 et négligerait quelque peu les étapes intermédiaires.
"Il n’est pas assez politique, la cuisine électorale, ça l’intéresse pas" poursuit cet ancien sympathisant socialiste passé au Modem dès sa création. D’ailleurs, les alliances, on s’en fout, ce qui compte ce sont les programmes", me sert-il avec conviction.
Sauf que cette pureté d’âme est rarement un moyen d’accéder au pouvoir lui fais-je valoir, opposant l’argument pragmatique à la noblesse politique ontologique. Il semble acquiescer, comme si finalement, il en était intérieurement convaincu même si l'idée ne cadre pas avec le discours interne, du changement "en profondeur de la politique française".
A la question des alliances aux municipales, tous me confirment le mot d’ordre officiel : "ni droite ni gauche" au nom de la fin des idéologies et le pragmatisme à l’anglo-saxonne. Mais ce beau discours a peu de chances de passer auprès d’une population française culturellement clivée par l’opposition droite-gauche lui dis-je. Le non-choix pourrait passer pour un alibi à de l’opportunisme et à l’absence de rectitude politique. D’ailleurs ce risque semble avoir bien été identifié par les commanditaires de cette enquête qu’on trouve sur le site du Modem.
Il va falloir choisir son camp, comme Bayrou l’a fait tacitement en déclarant dans l’entre deux-tours présidentielle "pour qui il ne voterait pas" rejetant ainsi la main tendue de Sarkozy.
Sur le plan stratégique, je leur conseille de s’allier clairement avec la gauche modérée pour les municipales en attendant une fusion éventuelle avec les socialistes de centre gauche de type Strauss-Khaniens ou même jospinistes. Et de profiter de la faiblesse actuelle du PS pour effectuer cette alliance sans se montrer trop envahissant. Car c’est un des propos révélateurs de Jospin dans son "Impasse" qui ne rejette pas la proximité théorique avec le Modem mais craint plutôt le phagocytage du PS.
Les moues se font sceptiques. Les militants ne semblent pas vraiment croire à l’éclatement du PS que ce rapprochement signifierait. Il est vrai que les forces concentriques jospino-hollandiennes sont fortes dans le séculaire parti à la rose. Mais il n’y a pas vraiment d’alternative stratégique à court et moyen terme.
Sauf à attendre tout de l’élection de 2012 et d’un discrédit croissant du président actuel. Les jeunes modemeux attendront-ils "d’avoir trente ans pour être heureux avant d’être vieux" ? Rien n’est moins sûr. Mais peut-être Villepinte leur redonnera-t-il quelques couleurs. Oranges ?
Oui en effet, Villepinte (et le vote de tous les amendements des nouveaux statuts du MoDem) a redonné des couleurs oranges aux adhérents (cf. blogosphère MoDem et notamment le webjournal France Démocrate) - ils attendaient cela depuis 6 mois!
Sur l'alliance avec l'aile strauss-khanienne du PS, tout laisse penser qu'elle devrait se faire (comme disait Rocard, il n'y a plus rien qui sépare les sociaux-démocrates des démocrates chrétiens) mais le préalable doit être un débat interne (ou éclatement interne) au PS sur leur future stratégie électorale... sinon ce sera des ralliements au compte-goutte.
Bref, rien ne semble possible à court terme et le MoDem ne devrait pas profiter ostensiblement de la faiblesse du PS pour le moment... (si ce n'est peut-être dans les médias qui donnent une place croissante à François Bayrou - ne serait-ce que pour démontrer la perte d'effectifs MoDem face la stratégie "d'ouverture" de Sarkozy).
Par contre je te rejoins sur le long terme (3 ans et plus): la seule carte sur laquelle va pouvoir jouer le MoDem pour contrer l'UMP est le rassemblement avec les modérés du PS (à l'image de ce qu'ont réussi Romano Prodi et Walter Veltroni avec le le PD).
Rédigé par : ArnaudH | 01 décembre 2007 à 19:46
ArnaudDh,
Villepinte a donc été roborratif pour les jeunes du Modem, et les statuts semblent désormais plus conformes à un mode de fonctionnement démocratique, j'en prends bonne note et me réjouis de ce progrès de la démocratie. :o)
Mais que penses-tu de l'alliance "à la carte" (gauche droite) aux municipales qui a l'air de se dessiner ? Pour ma part, Je crois qu'il y a là un frein qui risque d'obérrer les chances d'alliance futures du Modem avec la gauche modérée, rejetant une fois de plus le centre dans les alliés "naturels" de la droite. Qu'en penses-tu ?
Un reproche historiquement justifié que les électeurs de gauche font aux centristes et que l'on a bien entendu durant les présidentielles.
Ne crois-tu pas par ailleurs, qu'il y ait un mensonge, au mieux une candeur incroyable, à décréter la fin des clivages ? De même que le milieu absolu n'existe pas, on penche toujours d'un côté, aussi faible que soit cette inclinaison (-nation) ? Même si cette préférence peut se faire avec une certaine souplesse idéologique, en pratique ?
Les frontières se sont certes estompées entre la droite et la gauche modérée sur les questions économiques, ce que constatent Rocard et Jospin. Elles sont encore fortes en termes philosophiques (ex : liberté ou solidarité), et sur les questions d'ordre socio-religieuses par exemple (évolution des moeurs, laïcité...).
Je serais heureux de recueillir ton sentiment sur ces points.
Bien cordialement
Rédigé par : Cyceron | 03 décembre 2007 à 17:05