QG de campagne du PS, 10 rue de Solférino – 3 février 2007, 17 heures..
Me voici au QG du PS, pour assister à un premier compte-rendu des débats participatifs initiés par Ségolène Royal, il y a presque un an.
Après avoir franchi un impressionnant sas blindé avec ouverture à distance, je pénètre péniblement à l'intérieur d'une serre plastifiée dont l'entrée est obstruée par une foule bigarrée de militants enthousiastes et de journalistes affairés.
A l'intérieur, la décoration et le mobilier recourent aussi largement au plastique. Canapés PVC recouverts de coussins "matelas" aux couleurs pastel délavés : rose bonbon, beige pâles... Au dessus de nous, un impressionnant dispositif décoratif a été mis en place : des centaines de roses artificielles sont suspendues, corolles en bas, à la verticale de nos chefs.

De larges auto-collants monochromes vifs et bucoliques ont été posés sur les parois de la serre, histoire de l'égayer un brin. Papillons, fleurs, branches d'arbres très "graphiques". Le résultat est assez réussi, à moindre frais. Au PS, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées.
Des blocs-tables à néons colorés proposent un accès Internet au site vitrine de la candidate, via des IMac plats dernière génération. Il n’y a pas moins de six Bécanes disponibles. Finalement, si, au PS on a aussi du pétrole.
Au fond un large écran plat diffuse en continu des extraits de débats participatifs dans lesquels on peut ouïr Raymond ou Martine s'insurger contre la "vie chère" et autre injustice de la vie.
Mais ça y est, la salle s'ébranle et se dirige vers le bâtiment lui-même. La serre n'était qu'une salle d'attente. Le temps de coucher mon nom et blog sur une feuille volante et je récupère mon badge presse qui me permet de contenter le molosse de garde. Un grand échalas aux cheveux blancs, genre chercheur au CNRS, me conduit gentiment à travers les méandres de la propriété vers une deuxième serre aménagée dans une cour. J'ai le temps au passage d'admirer le faste du logis. Plafond immense, large escalier tournant en belle pierre... des prestations de très haut niveau, comme on dit dans l'immobilier. En comparaison, le siège de l'UMP ferait presque pitié. 
Je prends place sur un fauteuil plastique translucide au milieu d'un groupe de militants-organisateurs au tee-shirt rouge sang. L'inquiétant Valerio Motta me lance un regard hostile. La salle est déjà bondée de plus d'une centaine de personnes. La presse télévisée est là au complet : France-2 et 3, LCI, LCP... Six encombrantes Betacam braquent leur objectif sur le maître de cérémonie : Benoît Theulin, Monsieur Internet de la candidate. Quelques perchistes et leurs téléscopiques bonnettes ajoutent à la confusion visuelle.
Rapide coup d'oeil à la physionomie sociale des personnes présentes. La moyenne d'âge semble assez élevée, autour de quarante ans, mais toutes les générations sont représentées de 18 à 70 ans. A leur tenue vestimentaire, je pressens qu'il y a une sur-représentation de profs. La suite me le confirme très vite. Colliers fantaisie, Châles chamarrés, pulls en coton amples, couleurs (prune, auburn) pour les femmes. Jeans ou pantalons en velours cotelé démodé trop court, chemises bariolées ou à carreaux, manteaux long en toile informes ou parkas pour les hommes.
A la manière particulièrement désinvolte dont ils sont vêtus, je dirais qu'il y a du prof de collège ou de l'instit'. La suite me donne partiellement raison, il y a beaucoup de profs du secondaire, mais j'avais négligé un détail : beaucoup viennent de Province, ce qui ajoute au décalage avec nos (suffisantes) normes parisiennes.
Bon, cette fois c'est parti. Benoît nous remercie et rappelle le principe de cette réunion : faire un premier bilan de la pêche aux idées, réalisée via le site participatif de Ségolène. Après réflexion, finalement, au PS on a du pétrole, mais on n'a pas beaucoup d'idées, en tout cas pas jusqu'ici.
Un jeune lunetteux ingénieur-Télécom prend le micro et lance quelques expressions jargonneuses totalement ineptes pour la majeure partie de la salle. "Démarche itérative", "back-office", "front-office"... Il devrait prendre quelques cours auprès de Ségolène pour apprendre à se mettre au niveau des gens. Rappelons que la belle du Poitou a décidé de remplacer l'expression "pouvoir d'achat" par "vie chère". Ce qui semble du reste demander un effort particulier aux différents intervenants qui dérapent parfois en utilisant l'ancienne expression, en s'excusant timidement. C'est pas facile de modifier ses habitudes verbales, surtout pour les personnes modestes.
Monsieur l'ingénieur, rappelle que dans la salle sont présents les principaux contributeurs du site, mais aussi les modérateurs-synthétiseurs, les "mods", comme il les surnomme maintenant, faisant preuve ainsi d'une étonnante créativité peu habituelle pour quelqu'un de sa formation. Les mods sont chargés de rédiger une note de synthèse par jour et travaillent à synthétiser les synthèses, afin de fournir un rapport à Ségolène qui alimentera son progamme.Ils sont au taquet en ce moment car Ségolène a fixé la date butoir du 11 février pour présenter ses idées. Les mods sont aisément repérables : jeunes,binoclards, un poil branchouille (à la mode, ça tombe bien). Ca renifle le Science-Po à plein nez.
Dans une question très confuse, l'ingénieur appelle la salle à s'exprimer sur "la manière dont ils ont vécu cette campagne participative et les modes d'utilisation des différentes ressources du site, ce qu'ils en ont retiré" ou quelque chose d'approchant.
Les réponses virent rapidement au témoignage émotion et à la profession de foi. "Merci Ségolène de nous donner la parole", "grâce à elle, c'est nous qui sommes au centre, elle nous écoute"; "cette femme a tout compris de la politique", "avec elle jusqu'au bout !". "Bonjour, je m'appele Sophie, je suis prof et je voudrais dire..." cette fois, on est en pleine réunion des alcooliques anonymes. Les voix s'étranglent, les mentons tremblent... L'expérience participative les a vraiment chamboulés, apparemment.
Et chacun de raconter son combat militant avec lyrisme et fiereté. Une femme se rassoit après avoir parlé, les larmes aux yeux. Une collègue militante la console, la cajole, la caresse. On se croirait au milieu d'une secte après une expérience ultime de libération de l'esprit par la palpation corporelle.
"L'homme aux 2000 contributions" prend la parole; un prof de collège de Province; Manifestement être prof, ça laisse du temps libre. Il commence à raconter son enfance et l'époque où son père militant lui disait à propos de Ségolène : "elle a tout compris de la politique". Séquence souvenir. Manquent que le canapé rouge et Michel Drucker.
Tout à coup, en pleine séance introspective, c'est l'événement : Ségolène en personne fait son apparition. La salle, au comble de la joie et de l'incrédulité, se lève comme un seul homme et applaudit à tout rompre. Les deux émotives profs vont défaillir. "C'est pas vrai, c'est pas vrai". l'une cherche nerveusement son appareil photo puis tourne un regard implorant vers un jeune militant : "on a le droit, on a le droit ?". On nage en pleine dévotion.
Ségolène s'installe majestueusement au centre de la salle, hiératique et le sourire fermé.
Valerio Motta en profite immédiatement pour prendre la parole. Il commence par déposer son offrande aux pieds de la déesse et fait étalage des excellents résultats de son action militante, 300 comités de soutiens créés, tant de visiteurs etc.
Puis, il se livre à une impressionnante opération de fayotage en re-servant à sa maîtresse son propre discours."Avec Sarkozy, nous avons une façon de faire de la politique par la démagogie, la peur et la force; Avec Ségolène, on parie sur l'intelligence blabla..."
Ségolène écoute impassible et semble surtout s'ennuyer sévère. La reine n'apprécie pas plus que ça les zélés courtisans. Elle sourit quand même, la bouche fermée, sans mot dire.
Puis les mods prennent la parole l'un après l'autre pour donner un aperçu de leurs synthèses.
Une modératrice-synthétiseuse évoque la "vie chère", le mensonge statistique de l'Insee, le passage à l'euro qui a gonflé les prix. Jacques Delors, auteur d'un rapport détaillé sur ce sujet expliquant le contraire, s'en mordrait les lèvres. Enfin, ce n'est qu'un expert de plus, oh le vilain pas beau !
Oui, car ici les experts, les intellectuels dégustent. Un autre mods à queue de cheval et chemise ouverte sur torse velu le dit même franchement : "je n'aime pas les spécialistes". Ce sectarisme fait froid dans le dos sachant que c'est lui qui est chargé de la sélection et de la synthèse des propos. L'affirmation péremptoire rappelle le fameux "je n'aime pas les riches" dont François Hollande se mord les doigts aujourd'hui. Bref, notre jeune impétrant fait la roue, et récite sa leçon "il faut faire exploser ce principe d'experts et d'intellectuels"... Avant de baiser le pied de son adorée "... "c'était merveilleux, c'était magique" (le travail sur le site desirsdavenir).
C'est ce qu'on appelle du management efficace : après un an de travail bénévole quotidien, des centaines d'heures de lecture-reformulation-synthèse à l'oeil, il remercie de tout son coeur son patron. Enfin, il aurait ptet’ du y aller mollo sur les experts. On dirait qu’il a oublié que Ségolène aussi est énarque et à ce titre, elle a pondu, elle aussi, une flopée de rapports "d’experte"…
Une bise forcée à un chef d'établissement qui la réclamait, un petit mot d'encouragement de fin et Ségolène s'éclipse. Elle est suivie par la presse qui était surtout venue pour ça. Toutes ces caméras pour un "non-événement", ça semblait louche, c'est vrai.
En coulisses, Ségolène répond maintenant autour d'une table, aux questions d'une poignée de journalistes, exclusivement féminines. Le seul mâle présent est Jean-Louis Bianco, à sa droite. Choix délibéré ou féminisation naturelle des rubriques politiques ? En tout cas, le matriarcat saute aux yeux.
Les journalistes tentent de savoir ce que va dire Ségolène le 11 février. La candidate reste mystérieuse. "Vous verrez bien". Un discours de politique générale ? Des mesures concrètes. "Oui quelques-unes" finit-on par apprendre, mais "pas un catalogue".
"Et le 6 févier ? Que direz-vous ?" lui demande une journaliste qui ajoute imprudemment : "Jospin ne sera pas présent, il l'a annoncé".
Ségolène la foudroie du regard et ajoute "Et alors ? Ne rapetissez pas la politique"; elle menace : "il peut y avoir une colère des Français contre les médias". La phrase est riche de sous-entendus. Elle signifie : "j'incarne le peuple, alors gare à ne pas me manquer de respect, sinon le peuple me vengera". On est en pleine identification royale, avec Ségolène il n'y a plus d'intermédiation, il y a incarnation. Elle est le peuple, comme le roi l'était autrefois.
La candidate n'en dira pas plus sur ses intentions et ses projets tactiques. Elle s'en tient à son calendrier et affirme ne "pas vouloir précipiter les choses".
L'impudente la moque un peu : "tout le monde s'agite autour de vous, mais vous vous restez de marbre, ça vous fait même plaisir. Je plaisante, ajoute-t-elle aussitôt".
Mais Ségolène ne se fâche pas. Elle sourit même. Oui, c'est très probable : Ségolène s'amuse. Elle est absolument convaincue de l'emporter et d'avoir la meilleure tactique. Comment pourrait-elle en douter, elle qui bénéficie d'une cour assidue de la part de ses troupes et de signes de dévotion invraisemblables de la part de ses sympathisants ?
Je m'en vais, heureux d'avoir pu être le témoin de cet emballement irrationnel qui rappelle celui qui précéda l'avènement de François Mitterrand. Oui, Ségolène a bien étudié son maître et emprunte son chemin à la perfection... Mais attention à ne pas se laisser griser et à perdre la tête, comme Sean Connery, dans "L'homme qui voulut être roi".
Cycéron

Post un peu long mais visiblement ton analyse rejoint celle qui a été faite sur Politique Café "voyage au bout du débat participatif". ça promet le 11/02 !
Toreador (http://www.toreador.fr)
Rédigé par: Toreador | 04 février 2007 at 22:55
Alors, là aussi, on enfile les poncifs sur les profs? ( vêtements démodés, vous vous rendez compte!!!, Temps libre qui ne sert pas à courir les magasins le dimanche, vous vous rendez compte!!!)Ras le bol de cette superficialité !Prof, et vous le comprendrez aisément, peu fan de Royal pour cette raison, je préfererais que l'on cible le véritable danger pour notre république. Je crois qu'il n'était pas présent dans ce débat participatif!...Daniel
Rédigé par: | 04 février 2007 at 23:16
Personne n'est parfait et si je consulte souvent avec plaisir et intérêtles différents articles de ce blog, cette dernière contribution est décevante.Comme le souligne justement Daniel, les poncifs, la vision caricaturale du prof est de retour.C'est sans doute une façon de provoquer une réaction mais le procédé est limite.Certes, le publicitaire s'attache sans doute beaucoup à l'apparence mais dire que les profs sont tous habillés à la mode de la RDA des années 70 , qu'ils ne bossent pas, cela n'enrichit guère le débat.Et puis, franchement, je ne pense pas que les débats participatifs de Mme Royal attirent autant de post-soixante huitard..Dans tous les cas, elle est loin de faire un tabac dans les salles de prof.
Un prof de ...collège ...de province....( excuse moi, si je cumule tous les handicaps )
Cordialement
Rédigé par: nanni | 05 février 2007 at 00:23
Elle porte bien son nom finalement, la Royal.
Elle a appris beaucoup des prises de notes de Mitterrand. Et elle pousse le détail jusqu'à l'incompétence...
Parfaite !
Rédigé par: MOUTON NOIR | 05 février 2007 at 09:34
Allez les profs un peu d'humour !! Ca fait des mois qu'on nous sert à la télé des spots de pub qui se moquent des banquiers et ils n'en font pas un fromage... On peut tous etre caricaturés et pourquoi les profs seraient au dessus de ça ?
Rédigé par: E-veline | 05 février 2007 at 10:32
Nanni,
Je vous concède que j'ai un regard un peu amusé pour les tenues vestimentaires des profs qui sont reconnaissables entre tous pour leur côté un peu "négligé". c'est vrai que je me moque un peu du style "province", mais je ne suis pas dupe de ma "suffisance" parisienne.
Vous savez, je dis cela sans mépris et avec beaucoup de tendresse. Ma mère était prof de collège de banlieue, je les ai bien fréquentés les profs...
Par ailleurs, je me considère moi-même comme rétif à la mode. Je fais juste le minimum pour être socialement dans la norme. J'ai beaucoup de recul par rapport à ces normes, c'est pour ça que j'adore les observer et les décrire. Mais je ne juge pas les gens là-dessus, fort heureusement, mais sur leurs valeurs et l'adéquation de leur comportement à ces valeurs.
Ne prenez pas la mouche, c'était une description amusée mais pas méchante.
Si vous avez lu mon post sur l'UMP, vous avez vu que je n'épargne pas non plus un certain milieu dont je suis issu pourtant. C'est pour cela que je le décris bien, tout comme le corps professoral.
PS : quant au fait que les profs ont plus de temps libre que la plupart des autres professions, c'est un fait. Ne me dites pas le contraire. C'est un des avantages de la profession qui peut se justifier au regard de ses nombreux inconvénients... Mais il faudrait en discuter plus longuement...
Ne croyez pas que je tombe dans les poncifs et la facilité. J'ai bien conscience que les choses sont très complexes, mais s'il vous plaît laissez-moi mon regard amusé et ma dérision salvatrice en ces périodes de violence verbale et symbolique.
Comme disait Beaumarchais, "Je me hâte de rire de tout de peur de devoir en pleurer."
Mais si je vous ai froissé, je vous prie de m'en excuser. C'est très loin de mes intentions.
Cordialement
Cycéron
Rédigé par: Cyceron | 05 février 2007 at 10:46
Les tenues vestimentaires sont bien là. Reste à déterminer le pourcentage de profs avec précision. J'ai bien aimé cet article.
Rédigé par: Pepito | 05 février 2007 at 11:37
Je suis prof de collège... et j'aime moi aussi cet article. Marrant cette propension de mes collègues à prendre aussi facilement la mouche. Un petit complexe ?
Rédigé par: TurboMing | 05 février 2007 at 15:34
Vous aimez pas les profs, vous aimez pas les ingénieurs, vous aimez pas l'émotion, vous aimez pas les roses, et pas non plus les queues de cheval et les sociales, et bien sûr vous aimez pas Ségolène Royal. Vous aviez rien d'autre à faire samedi ? ;-)
Rédigé par: Padapoum | 05 février 2007 at 23:24
Papadoum,
J'aime les profs, mes amis sont pour la plupart ingénieurs, j'aime les roses.
Quant à l'émotion... elle n'a rien à faire en politique, elle appartient à un autre ordre. L'émotion est dangereuse, elle conduit à tous les excès, même si en l'occurrence, tout cela reste bien gentillet. Je me moque c'est vrai de cette grandiloquence, de ce lyrisme... Cela peut agacer je comprends. Mais c'est ma perception sincère des choses et sans volonté de nuire.
Quant à Ségolène Royal, je changerai d'avis le jour où elle me convaincra. Je reste ouvert plus que jamais. Mais c'est sur le terrain des idées que je me place, pas des sentiments.
Enfin, samedi j'ai passé un excellent moment et je n'ai pas l'impression d'avoir perdu mon temps. Je suis un observateur non pas neutre, mais qui s'efforce d'être sincère avec lui-même et avec les autres.
Mais tout est affaire de subjectivité...
Cordialement
Rédigé par: Cycéron | 06 février 2007 at 10:48
excellent papier m'sieur ;)
Rédigé par: Nicolas Voisin | 06 février 2007 at 15:42
Bonsoir,
Emotion et politique. Vaste débat. Bien sûr, il faut s'en méfier, et pourtant... Les discours enflammés de Danton ("de l'audace, encore de l'audace..."), ceux de Martin Luther King ("I have a dream..."), les larmes du Peuple de gauche le 10 mai 1981, la générosité du discours de Chaplin à la fin du Dictateur (en lien), ce sont des émotions positives. Il ne suffit donc pas de la tirade "les émotions et la politique, c'est pas bien." La politique, c'est l'art de tisser des émotions généreuses avec des idées pertinentes. Sinon, c'est de l'administration. Et de dire que c'est dangereux n'y change rien : la politique, c'est dangereux ! C'est pour cela que la démocratie est, comme disait Churchill, le moins pire des systèmes, celui qui assure l'alternance...
Rédigé par: Emotion et politique | 07 février 2007 at 08:02
Emotion et politique,
Oui, vous avez raison, l'émotion peut parfois être un "accélérateur", elle peut cristalliser des énergies et susciter des mouvements positifs. Mais elle n'est éventuellement positive que lorsqu'elle s'appuie sur une cause "juste" et qu'elle est portée par des idées. Martin Luther King, l'abbé Sieyes, Mirabeau avaient un combat et une vision.
L'émotion peut ajouter à la politique. Elle ne saurait en aucun cas la suppléer. Le symbolisme mitterrandien a selon moi remplacé le réformisme de gauche. La forme, l'émotion ont occulté le fond. C'est aussi un mode de gouvernement l'émotion, cf tous les populismes.
Pour le moment s'agissant de Mme Royal je vois beaucoup d'émotion et pas encore de vision. Je m'interroge légitimement sur cette frénésie déconnectée d'un projet. Il y a de l'attente, des espoirs assez irrationnels... Mais j'attends de voir après le 11 février.
Merci de votre contribution intéressante et intelligente.
Cordialement
Rédigé par: cycéron | 07 février 2007 at 10:00
Merci Nicolas !
Rédigé par: Cycéron | 07 février 2007 at 10:25
Il est vrai que le débat politique française se caractérise par une absence d’acteurs institutionnels indépendants, rôle joué par les « think thanks » dans les autres démocraties. Voici justement le blog d’une « boite à idée » à la française qui mériterait à être connue : http://www.2007-desenjeuxetdesidees.org/
Rédigé par: hello | 07 février 2007 at 17:15
Bon, allez, pour me racheter de n'avoir pas su deviner la moindre trace d'humour dans cet article (on dit "post"??? :) ), et pour rester dans les poncifs, en cette veille de grève, j'ai une question: Pourquoi, mais pourquoi donc les profs expriment-ils toujours un "malaise",alors que les agriculteurs, les petits patrons, les médecins,et presque tous ceux qui le peuvent encore, ont,eux, toujours le droit d'exprimer leur "colère"? Répondez Cycéron!
...Pour le reste, si derrière mes lunettes (de prof!), la vision de Royal reste floue, l'"autre",malgré son lyrisme et "ses"idées( quand même bien téléguidées par tous les sondages que son ministère lui offre!), me transmet trop souvent et trop durement sa migraine... !
Rédigé par: Daniel | 07 février 2007 at 18:32
Daniel,
Oui on appelle cela un "post" dans le jargon "web 2.0" (eh oui, je suis pris au piège moi aussi de ces vocables un peu précieux générés par les NTIC - nouvelles technologies de l'Information et de la communication) ;-)
Votre question est intéressante, je n'avais jamais relevé, mais maintenant que vous le dites... Il est évident, que le terme connote une certaine délégitimation des revendications des profs. Ou, à tout le moins, une incompréhension.
Mais êtes-vous sûr que l'Education nationale n'ait pas quelque responsabilité elle-même dans ce sentiment-là ? Tous ses ministres, de droite comme de gauche, se sont cassés les dents sur leurs tentatives de réforme. A l'exclusion de Lang qui a tjrs été apprécié parce qu'il ne faisait rien.
J'aimerais connaître votre point de vue, vous qui êtes au coeur du sujet.
Quant à votre migraine... je la partage aussi, mais justement, j'en veux à cette école qui a été incapable de former des esprits critiques pour la grande majorité de nos concitoyens, et qui favorise ainsi tous les populismes. Tout passe par l'école au final... La liberté, cest aussi la connaissance.
Je suis à l'écoute de votre diagnostic docteur ;)
Cordialement
Cycéron
Rédigé par: Cycéron | 07 février 2007 at 21:09
... démon!
http://www.hiboox.com/image.php?img=45250925.jpg
Cdlmt
Rédigé par: JE | 11 février 2007 at 21:19
"cette école incapable de former des esprits critiques" Heureusement , il y a TF1 et la plupart des médias pour développer l'esprit critique.......
Ce type d'affirmation me chagrine un peu ( eh oui, jamais content les profs et sans humour ...)car dans ma pratique quotidienne, ma priorité est justement de faire réfléchir les élèves sur les textes, les images, les films qu'ils recoivent à profusion.Pour moi et pour la plupart des collègues, il faut essayer, il me semble, de "façonner" ( je n'aime pas trop ce mot mais bon..)un futur citoyen responsable, ayant un esprit critique affirmé et non un élève dont le "bagage " se résumerait à des connaissances encyclopédiques.
Quant aux réformes, il faut arrêter de dire que l'éducation nationale n'est pas réformable.Le socle commun,la mise en place de la bivalence, la remise en cause de notre statut par De Robien , c'est quoi ?? Prenons le cas du socle commun qui est une sorte de retour en arrière, la mise en valeur d'une école de la Troisième République fantasmée, le retour aux bonnes vieilles méthodes.
Qu'en était-il de la réalité de cet enseignement en histoire géo? Marc Bloch parle à l'époque de "perroquetage" et Ernest Lavisse se désolait que les connaissances des élèves ne soient "qu'un magasin de faits et de dates." Notre cher ministre veut revenir à ce type d'enseignement. Gageons que ce type de réforme va permettre le développement d'un citoyen à l'esprit critique affirmé.....
PS : Pour montrer que les profs ne manquent pas d'humour, je te conseille cher Cycéron la lecture d'un bouquin de Corinne Bouchard qui dépeint avec férocité et beaucoup d'humour notre univers: "la vie des charançons est assez monotone"
Cordialement.
Rédigé par: nanni | 16 février 2007 at 15:50
Nanni,
Oui, je suis assez catastrophé par l'enseignement dispensé à l'école. J'en veux à beaucoup de profs et chefs d'établissement "je-men foutistes", j'en veux aux concepteurs des programmes surchargés, aux méthodes bannissant justement les faits au profit du raisonnement. Comme si le second ne s'appuyait pas sur les premiers... Comme si les deux étaient incompatibles.
J'en veux aussi aux moyens parfois dérisoires, c'est vrai, compte tenu des missions de massification pédagogique.
J'en veux au politiquement correct qui fait qu'on surnote un élève, pour ne pas le "décourager" (ou pour tricher sur les chiffres officiels) et qui explique les désillusions aux concours ou dans les premières années des classes prépas plus tard. Surnotation qui n'a pas cours dans les collèges et lycées des bons quartiers... Et qui explique aussi a contrario leurs bons pourcentages à l’entrée des grandes écoles.
Les profs ne sont pas responsables de tout, ils ne sont pas tous fautifs, mais il faudrait aussi évaluer leur responsabilité dans ce que j'observe : une acculturation progressive des classes inférieures-moyennes de notre société et dont le succès de TF1 n'est que le thermomètre, ou au pire, l'amplificateur.
Tout ne se résoudra pas par "plus de moyens". Il faudra aussi réformer les IUFM, revoir les méthodes pédagogiques, repenser et alléger les programmes, développer le tutorat des élèves, renforcer le sérieux du contrôle continu (un contrôle par trimestre dans certaines disciplines, voilà ce que j'ai vécu), remettre des surveillants... Il y a beaucoup de pistes à explorer pour améliorer cette école. Il est urgentissime de le faire !
Il faudra commencer par dire la vérité : oui, il y a un appauvrissement culturel, car les fondamentaux se perdent.
Le quantitatif remplace le qualitatif... Certes, les élèves d'aujourd'hui, à la différence de leurs parents, connaissent aujourd'hui les rudiments de la biologie, de l'éducation civique, de l'écologie...
Mais demandez-leur de replacer le roi Arthur avant ou après Alexandre le Grand... D'écrire un texte sans faute... Demandez leur combien lisent plus de trois livres par an... A quoi ça sert de pouvoir placer linéairement les faits historiques sur une frise ? A donner une cohérence globale à l'Histoire, à créer de l'intérêt dans la narration (un avant, un après), à donner des bases sur lesquelles ils seront sanctionnés plus tard lors des exams et concours..
Il ne s'agit pas de revenir à l'école de grand-papa. Il s'agit de revenir aux bases, car on s'est perdus en route et ce sont les plus démunis qui en pâtissent. Les autres pourront tjrs profiter du capital socio-culturel de leurs parents (c'était mon cas, merci papa), de leur capital social (le piston), de leur capital financier (Acadomia).
Les connaissances, les faits, donnent aussi du sens et de la saveur à la vie. Elles ouvrent l'esprit et développent cet esprit critique dont notre société manque.
Il faut des méthodes ET des faits. Tous les bons profs le savent. L'école se meurt de cette stupide opposition.
Mais je remercie aussi les quelques excellents professeurs qui m'ont donné le goût de l'Histoire, de la littérature, de l'Allemand.
Quant aux multiples profs qui ont embrassé cette profession pour ses avantages, sans aucune envie ni aucun sérieux, je n'ai pas honte de les dénoncer et, sans être majoritaires, ils sont hélas trop nombreux, compte tenu des conséquences dramatiques sur l’avenir des élèves...
Bon, je pense que là, je vais définitivement passer pour un réac', mais je ne vais pas édulcorer mes convictions pour vous plaire. En revanche je reste ouvert à vos arguments et à votre expérience ;o)
Cordialement
Rédigé par: Cycéron | 16 février 2007 at 17:41
hé béh (comment ça c'est pas français ?), ce commentaire aurait presque mérité un post à lui tout seul non ?
Rédigé par: E-Veline | 19 février 2007 at 17:41
hé béh (comment ça c'est pas français ?), ce commentaire aurait presque mérité un post à lui tout seul non ?
Rédigé par: E-Veline | 19 février 2007 at 17:41
vous ne faites pas ds la dentelle ... propos empreints du plus haut mépris ...
Rédigé par: Moi | 27 février 2007 at 22:30